En tant que Sino-Américaine de deuxième génération (et maintenant Canadienne), la question de l’identité a toujours été un peu compliquée. Dans mes pièces mixtes antérieures pour instruments chinois et occidentaux, j’abordais cette question de plein fouet, par l’intermédiaire de la musique, à la différence de ma plus récente composition, Small and Curious Places, où j’ai mis de côté la question du rapport est-ouest, pour traiter l’ensemble comme un groupe d’instruments individuels aux caractéristiques uniques, tous aussi distincts et exotiques les uns que les autres. Aucun grand principe n’englobe cette pièce. Au contraire, chaque mouvement est indépendant et plutôt de nature introspective : des miniatures autonomes explorant chacune un espace sonore particulier.

Cette collection d’espaces imaginaires s’inspire d’une variété d’images, de moments captés ou d’états d’esprit. Dans le premier mouvement, « anticipation », un élan continu fournit le cadre pour le développement d’une ligne simple en un foisonnement de sonorités harmoniques riches et denses. Dans le deuxième mouvement, « where lost memories gather », des gestes isolés se détachent d’une texture composée d’agrégats statiques de cordes, avant de s’y fondre à nouveau. Dans le mouvement « Garden of soft shadows » à la palette timbrale plutôt restreinte, les murmures et les sonorités agitées évoquent une forme de malaise plutôt discret. Le mouvement suivant « love thyself » est composé de courts fragments qui s’empilent jusqu’à l’explosion de l’énergie contenue. Le dernier mouvement est une méditation sur le moment fragile où état de veille et assoupissement se confondent. « Of ever lingering light » est cet endroit imaginaire où l’on peut saisir ce moment furtif et le prolonger, comme en suspension dans cet espace intangible.
Dorothy Chang (2013)